Littérature Gay

Je suis en vie et tu ne m’entends pas.

today14 mars 2024

Arrière-plan
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Daniel ARSAND. Je suis en vie et tu ne m’entends pas. (Actes sud 2016)

Superbe récit, qui parvient à dire l’innommable, soit le sort, pire entre les pires, des homosexuels dans les camps de concentration. Le narrateur-personnage principal a porté l’étoile rose et a survécu : l’incipit décrit son retour dans sa ville natale de Leipzig.
Quant à relater ce qu’il a vécu à Buchenwald… je renvoie aux mots choisis par Daniel Arsand. Nous savons que seul un instinct exceptionnel de survie, couplé aux circonstances, qui peuvent se résumer à la personnalité d’un kapo, a permis à une poignée de rentrer des camps.
Je suis en vie et tu ne m’entends pas accorde une place primordiale à ces quatre années de souffrance : c’est inéluctable. Mais le camp de concentration n’occupe pas tout le livre, manière selon moi de faire passer le message que même lorsqu’on a subi des choses insupportables on peut se forger la possibilité d’avoir une autre vie après, de ne pas borner son existence à cette expérience traumatisante. En l’occurrence, un thème récurrent est celui des relations amoureuses du narrateur, autre scansion biographique possible.
Le livre consacre-vers la fin- un chapitre à l’homophobie de la fin du 20ème siècle, et le lien, ou plutôt la ressemblance, entre les corps victimes du sida et ceux victimes du nazisme y est exprimé avec justesse. La légitimé de cette comparaison en effet s’appuie sur les sources, que l’auteur a traitées avec une rigueur historique de nature à parer à tout éventuel commentaire malveillant dans ce domaine.
Je prends le risque de « divulgacher » l’intrigue mais le partenaire du personnage principal est agressé, alors qu’ils sont déjà sexagénaires ; et, curieusement, c’est cet événement qui sert de déclic, et qui le convainc finalement de la nécessité de parler, de témoigner, de s’engager même. C’est ce développement, je crois, qui a achevé de me séduire. Dans ces quelques pages est illustrée ce que pourrait être la victoire totale du personnage sur la nazisme.
Je ne suis pas capable de l’exprimer, parce que je ne suis pas écrivain, mais j’ai la conviction que parmi les leçons que ce livre nous adresse il y a la nécessité de refuser la concurrence des victimes, ou des mémoires. Cela notamment parce que le héros (personnage principal) ne borne pas son militantisme à la reconnaissance du calvaire subi par les homos dans les camps ; qu’il donne une portée plus large à son combat.
Pour conclure, j’ajouterais que ce roman devrait se trouver dans la bibliothèque de tous les gays : justement parce qu’il est une pierre à l’édifice de notre conscience historique, et de notre identité collective. Connaître notre passé particulier nous aide à le fondre dans celui de toutes les minorités ou groupes opprimés.

Écrit par: admin

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